L'ananas

Bromelia ananas, vivace, de l'Amérique méridionale.


C'est par la couronne dont les fruits sont surmontés et par les œilletons qui se développent dans l'aisselle de leurs feuilles, que les ananas se multiplient. Plus les couronnes ou œilletons ont de volume, plus la croissance de la plante est rapide. La terre de bruyère pure, autant substantielle que possible, est celle qu'il faut préférer tant pour la culture en pot qu'en pleine terre. C'est dans la première quinzaine d'octobre qu'on sépare les œilletons de leur mère. Jusqu'à là, si, par suite de la consommation, on a depuis juillet recueilli quelques couronnes ou œilletons, on les a placés en pleine terre sous châssis, pour les conserver. On débute par une sorte d'habillage de ces productions qui consiste à dépouiller leur base de quelques petites feuilles les plus extérieures qui sont toujours plus endurcies que celles qu'elles recouvrent, et à rafraîchir pour une section très nette la plaie qui résulte de la séparation de l'œilleton. On plante immédiatement en pots de 12 cm remplis de terre de bruyère.

On a eu soin de préparer en temps convenable, sous châssis une couche épaisse formée par moitié de fumier et de feuilles, et recouverte d'environ 20 à 25 cm de tan. C'est dans ce tan que sont enterrés les pots à ananas, et c'est sous ce conservatoire que les plantes doivent passer l'hiver. On laisse le châssis fermé jusqu'à la reprise, ce qui a lieu en quinze jours ou trois semaines. La température de la couche doit être maintenue entre 30 et 35 degrés centigrades, et celle de l'atmosphère sous le châssis entre 10 et 15. On entretient cette chaleur par des réchauds de fumier, remaniés plus ou moins souvent selon le besoin ; par des paillassons, des couvertures de feuilles, etc. On ne donne de l'air qu'après la reprise et seulement pendant quelques instants, quand le temps le permet. Les ananas peuvent impunément rester pendant cinq ou six jours sans air et sans lumière. Si quelques plantes réclament de l'eau, on leur en donne au pied, mais avec la plus grande modération, car l'humidité en hiver, est ce qu'elles redoutent le plus, et la chaleur en est le meilleur préservatif. Dans tous les cas, il faut découvrir les châssis lorsque le soleil se montre, quelque froid qu'il fasse et lorsqu'il ne brille pas, quand la température extérieure n'est pas au-dessous de 4 degré sous zéro. Dans la belle saison, on n'ombre pas, afin de laisser jouir les plantes de toute l'insolation.

Dès le mois d'avril suivant, on fait une nouvelle couche, également composée de fumier et de feuille dans un coffre dont les planches ont par derrière une hauteur de 85 cm ; et par devant celle de 66 cm seulement. Cette couche plus longue que la première est, au lieu de tan, chargé de 20 à 25 cm de terre de bruyère. Par une belle journée, on retire les ananas de la tannée, on les dépote et on les replante immédiatement dans la pleine terre de bruyère, en échiquier, à raison de 15 pieds par panneau de 1,33 m de large, sur 1, 66 m de long, ou de 12 seulement si la dimension du panneau n'est que de 1,33 m en tous sens. On ventile d'autant plus souvent que le soleil, en s'élevant davantage, échauffe l'atmosphère à un plus haut degré, et on arrose selon l'état des plantes et de la température, tant au pied que sur la plante entière, avec un arrosoir à pomme. Les ananas restent en cet état jusqu'à la fin d'octobre. Alors on les relève et on les replante dans la pleine terre de bruyère épaisse de 25 cm et déposée dans une serre, sur un plancher sous lequel passent les tuyaux d'un thermosiphon, dont d'autres tuyaux circulent dans la capacité même de la serre, de façon à ce que son atmosphère ait une température de 18 à 25 degrés, et la couche de terre de bruyère celle de 30à 35 degrés également centigrades. Une chaleur plus considérable que 35 degrés nuirait aux racines qu'elle ferait rougir, et les plantes périraient si elle s'élevait à 50. Par cette culture, la fructification varie du 20 ème mois au 28 ème . Plantés à la fin d'octobre, les ananas commencent à donner fruit en juillet de la 2 ème année, et la fructification des plantes de cette série se termine en février qui suit, selon la précocité des espèces.

Lorsque l'on ne dispose pas d'une serre avec un thermosiphon, on empote les ananas au lieu de les planter dans la pleine terre de bruyère, en octobre, un an après la plantation des œilletons. Jusqu'à là, on leur donne la culture indiquée. Cet empotage se fait à cul nu de la manière suivante : après avoir levé les ananas de la pleine terre, on supprime les œilletons et quelques feuilles de la base, et enfin les racines ou une partie seulement rez de la plante dont on rassemble les feuilles, qu'on maintient avec un lien de paille pour faciliter l'empotement. Il a lieu dans des pots de 24 cm, qu'on place sur une couche disposée comme celle dont nous avons parlé pour les œilletons ; puis, lorsqu'ils sont bien enracinés, on enterre les pots dans la tannée d'une nouvelle couche, sous châssis ou sous bâche, sur laquelle ils devront fructifier. On comprend qu'il faut entretenir, par tous les moyens dont on dispose, la chaleur nécessaire sans laquelle on n'obtient que des fruits médiocres.

Parmi les nombreuses espèces ou variétés d'ananas, nous conseillons principalement la culture des suivantes : ananas épineux et sans épines, ananas de la Providence, ananas du Monserrat, ananas comte de Paris, ananas Enville, ananas violet de la Jamaïque et ananas de Cayenne.