|
Jardin : le jardinier pratique > Composition des jardins
Composition des jardinsLa mode entre pour beaucoup dans le choix du dessin d'un jardin. Sous le règne de Louis XIV, la France, qui tenait alors le sceptre du jardinage, ne voulait que des jardins symétriques.
Les compartiments réguliers des parterres, tracés à l'imitation des figures de géométrie, étaient entourés de bordures de buis nain soigneusement tondu, puis on y voyait de longues lignes droites, des massifs d'ifs au sombre feuillage et bizarrement taillés, des charmilles, des bassins, des rocailles et des statues mythologiques. Des hommes de talent, tels que Lenôtre et la Qintitinie, furent les créateurs de ce genre, dont Versailles, Saint-Cloud, les Tuileries et le Luxembourg, présentent de beaux spécimens. L'Angleterre, elle-même, avant l'époque où des rapports plus suivis avec la Chine lui firent connaître la composition des jardins du Céleste-Empire, l'Angleterre, disons-nous, copiait sans goût le genre français, en sorte que ses jardins restèrent bien au-dessous des nôtres. Sous le nom de jardin anglais, le style et la composition des jardins chinois ne tardèrent pas à pénétrer en Angleterre, puis en France. Cette mode nouvelle fit fureur. On abandonna les parterres réguliers, les compartiments symétriques et l'on ne vit plus que sentiers tortueux, pièces de gazon, rivières artificielles, ponts, étangs, chalets, pagodes, grottes et ruines. Ce ne fut guère qu'en 1820, que les grands propriétaires prirent goût aux jardins paysagers. Un principe établi par M. Von Sckell, directeur des jardins royaux en Bavière, dans son excellent traité sur la formation des jardins paysagers, est qu'il ne faut pas se borner à plaire aux yeux, mais qu'il faut, en même temps satisfaire l'intelligence. En effet, l'absurde choque et déplaît lorsqu'il se rencontre dans les œuvres de l'homme, et rien n'est plus absurde que d'imiter la nature dans ce qu'elle présente de laid et de désagréable. Un jardin paysager, établi au-dessous de certaines proportions, devient ridicule, car en entassant une foule d'objets sur un trop petit espace, il en résulte une confusion qui détruit l'effet qu'on voulait produire. Mais lorsque la contrée environnante est pittoresque, un jardinier habile combine son plan de manière à profiter des objets extérieurs en les faisant concourir à l'effet général par des perspectives, des échappées de vue qu'il aura l'art de créer. Par exemple, lorsqu'une portion de mur vient borner la vue et la priver d'une jolie perspective, on la remplace par un saut de loup, ou fossé suffisamment profond. Dans ce cas, le bord intérieur du fossé doit être masqué par des buissons fleuris ou par des arbustes suffisamment élevés pour cacher ce fossé sans empêcher la vue de s'étendre au loin. On peut donc donner à un jardin paysager, établi sur un espace de deux ou trois hectares, une étendue apparente bien plus considérable. Choix de constructions pittoresquesTels sont les massifs d'arbres à fleurs, les tapis de verdure, les collines couronnées par un bouquet d'arbre florifères ou par une fabrique entourée d'arbustes et ruines artificielles, construites en pierres brutes, paraissant rongés par le temps et tapissées de mousse ou de lierre, ces objets, et une foule d'autres, doivent être situés dans des endroits convenables pour l'effet qu'on veut produire. Par exemple, les ruines, les grottes, seront placées dans des endroits écartés et d'apparence solitaire, tandis que les chalets, les kiosques, les tonnelles s'élèveront dans des lieux plus ouverts et plus rapprochées du centre. Le choix des constructions que l'on veut employer à l'ornement des jardins paysagers doit être dirigé par un goût éclairé. Pièces d'eau, ruisseaux, pontsLorsqu'on a la bonne fortune d'avoir un ruisseau traversant sa propriété, on peut facilement créer un étang, une cascade, une chute d'eau. Souvent même, si la masse d'eau n'est pas trop considérable, on peut en multipliant les détours de ce ruisseau, et disposant le sentier en conséquence, ramener plusieurs fois le promeneur vers les parties de ses bords où l'on a établi quelques objets remarquables. D'ailleurs c'est l'eau qui anime les scènes d'un paysage artificiel ; c'est elle qui attire et retient les rossignols, fauvettes, chardonnerets, pinsons et autres chantres de nos bois. On peut aussi peupler ces eaux de cyprins, poissons dorés de la Chine, carpes, tanches, barbillons, etc. Si on y laisse introduire un brochet, afin de réduire l'alevin devenu trop abondant, il faut prendre garde qu'il ne se multiplie trop, car bientôt, cyprins, carpillons et tanches auront disparu, engloutis par ces requins d'eau douce. Rien n'est plus propre à concourir à la décoration d'un jardin paysager que les ponts lorsqu'ils sont motivés par l'existence d'une petite rivière ou même d'un ruisseau. Leur forme peut varier à l'infini. On peut les construire en bois, en fer, en pierres ou établir des ponts suspendus. Plantation d'arbresA moins que l'espace ne soit extrêmement étendu les massifs ne doivent pas avoir la prétention de passer pour des bois ou des forêts. On peut ne leur donner que 20 ou 25 mètres de diamètre, mais le choix des arbres doit être fait de manière à produire l'effet le plus pittoresque et les planter de façon à faire contraster la nuance de leurs feuillages d'un vert clair. Lorsqu'on veut planter un massif, on évitera soigneusement d'associer des arbres à végétation vigoureuse et rapide à des arbres dont la végétation est lente, car ceux-ci, plus faibles, seront promptement étouffés par leurs robustes voisins et il en résulterait des vides désagréables à l'oeil. En France, la plupart des propriétaires sont pressés de jouir et croient gagner du temps en plantant des arbres déjà forts ; c'est une faute ; ces arbres pourront reprendre mais leur végétation sera lente et pénible, souvent même ils périront avant d'avoir acquis tout leur développement. Citons des exemples : de superbes marronniers, déjà âgés, furent transportés, en 1858, avec de grandes précaution et leur motte entière sur la place du Châtelet, à Paris, pour y former une sorte de quinconce. Un tiers au moins de ces arbres a péri et a dû être remplacé, malgré les précautions minutieuses qui ont présidé à leur transplantation et la richesse du nouveau sol. Les marronniers de la magnifique avenue de l'Observatoire de Paris, bien que transplantés beaucoup plus jeunes, sont encore loin d'avoir acquis leur grosseur normale, quoique leur transplantation date de plus d'un demi-siècle ! Les arbres de la famille des conifères, pins, sapins, thuyas, épicéas, mélises, cèdres, reprennent mal ou même ne reprennent pas du tout lorsqu'ils ont plus de quatre ans. Les propriétaires de jardins ont en général de la répugnance à former des massifs au moyen de semis ; cependant ce procédé est à la fois le plus sûr et le meilleur, car jamais un arbre de cette famille, lorsqu'il a été transplanté, ne vaudra celui qui est venu à la place où il a été semé. Voici, au reste, un procédé mixte : semez en graines de conifère l'espace que vous aurez choisi, et dont vous désirez former un massif ; plantez-y en même temps de jeunes arbres de l'espèce semblable venus en pépinière ; plus tard, vous supprimerez tous les individus languissants, qui se trouveront naturellement remplacés par ceux venus de semence. Il est bon de noter, au reste, que si le diamètre de l'arbre résineux à transplanter dépasse 3 ou 4 millimètres, il ne reprendra presque jamais, n'eût-il que trois ans de pépinière. Mais beaucoup d'arbres de cette famille peuvent être transplantés avec succès au bout de deux ans de pépinière. Le chêne, le châtaignier et le hêtre demandent trois ans de pépinière ; l'orme, le platane, le sycomore et le frêne n'exigent qu'une année lorsque le plant est vigoureux. On peut planter les arbres d'ornement, soit à l'automne, soit au printemps, c'est-à-dire à la fin d'octobre ou au commencement d'avril, en choisissant un temps sans pluie, mais couvert. Le mieux est de préparer la terre en décembre et de planter au printemps. On plante les conifères du 15 au 20 avril, mais il ne faut les laisser que le moins possible hors de terre, et l'opération réussira d'autant mieux qu'il restera un peu de terre adhérente aux racines. Nous ne nous étendrons pas davantage sur les procédés de culture applicables aux arbres et arbustes destinés à la formation d'un jardin paysager, mais on trouvera à ce sujet des notions suffisantes au chapitre IV de cet ouvrage. Au chapitre V, consacré aux végétaux d'ornement de pleine terre nous avons soigneusement désigné la hauteur des arbustes et des plantes, indication fort utile pour leur disposition, soit dans les massifs, soit dans les autres parties du jardin paysager. Ces indications ne sont pas moins nécessaires pour leur arrangement dans un parterre. Quelques bancs rustiques et des chaises de jardin trouvent facilement leur place dans la disposition d'un jardin pittoresque. On les construit souvent en menus branchages revêtus de leur écorce qu'on a soin de conserver. Au point de vue pittoresque, ils sont préférable aux sièges de menuiserie peints en vert mais ils on moins de durée. D'autres sont en fer mince, et peints de manières à imiter le bambou ; le siège et le dossier sont garnis d'un treillis en fil de fer. On en fabrique beaucoup en fonte rustiquée, imitant à s'y méprendre des branchages tortus ; ceux-ci, également peints à l'huile, sont d'une grande solidité ; mais il faut veiller à ce que la rouille ne s'y attache pas, car il en résulterait des taches ineffaçables. Choix des arbres et arbustes qu'on peut faire entrer dans la composition d'un jardin paysager.L'acacia de Constantinople L'alaterne, arbre à feuilles persistantes L'alisier, arbre de 8 à 10 m. L'aubépine appartient au même genre. L'argousier, arbre épineux, au feuillage argenté excellent pour former des haies. L'aune, arbre très élevé, qui se plaît dans les terrains humides. Le bouleau, arbre de 14 à 16 m, doit nécessairement entrer dans la composition d'un jardin paysager. Le catalpa de l'Amérique s'élève à 10 m. Le cèdre du Liban est un arbre magnifique, mais de même que tous les conifères, sa croissance est très lente. Le charme commun est très élevé. On l'emploie pour former des charmilles. Le chêne, le plus beau et le plus pittoresque de nos arbres forestiers. Il y en a une quinzaine d'espèces cultivées. Le cyprès, arbre très pittoresque, de 10 à 12 m. Le cytise des Alpes, arbustes à fleurs en grappes et pendantes, et d'un excellent effet. L'érable, c'est l'un des plus beaux arbres de nos forêts. Le sycomore, appartenant au même genre, n‘est pas moins remarquable. Le frêne. Très bel arbre. Ce genre renferme un nombre assez grand d'espèces très propres à l'ornement des jardins paysagers. Le genévrier, C'est l'un des arbres les plus pittoresques de nos forêts. Le hêtre, arbre de première grandeur (30 m). Le houx. Les différentes espèces de houx font bon effet dans la décoration des jardins. Il en est de même de Lyciets. Les magnolias ; leurs différentes espèces figurent très bien dans les jardins. Le marronnier d'Inde. Tout le monde connaît cet arbre plus beau que réellement pittoresque. Le mélèze. Cet arbre très élevé convient particulièrement aux jardins paysagers. Le micocoulier, arbre de 15 à 16 m. Le noyer, grand et magnifique arbre, qui convient peu dans les jardins paysager, car il tue les autres végétaux lorsqu'ils ne sont pas plantés à une distance suffisante. On ne peut donc l'employer que comme arbre isolé. Le peuplier, les grands arbres de ce genre sont extrêmement convenables à l'ornementation des jardins paysagers. Nous citerons particulièrement le peuplier d'Italie. Le pin. La nombreuse famille des pins fournit un grand nombre d'espèces parfaitement convenables pour les jardins paysagers ; nous renverrons le lecteur à leur description, page 371. Le platane d'Orient est l'un de nos plus beaux arbres. Le robinier. Le genre des robiniers (faux acacia) est très intéressant pour la décoration des jardins paysagers dans lesquelles, par ses grappes de fleurs nombreuses blanches ou roses, il occupe un rang distingué. Le sumac, arbre indigène et pittoresque, remarquable par ses feuilles ailées. Le sureau. Sa croissance rapide le rend utile dans certaines places. Le tilleul. Bel arbre qui convient mieux pour les allées régulières d'un ancien jardin français que pour le jardin paysager. Le vernis du Japon. Bel arbre de 20 m. Sa croissance est assez rapide. Nous bornons ici cette énumération des arbres les plus propres à décorer un jardin paysager. Nous engageons le lecteur à parcourir le chapitre V de ce livre. Il y trouvera des détails que nous ne pouvons donner ici, et l'indication du nombre d'arbrisseaux et de sous-arbrisseaux, qui, par leur feuillage ou par leurs fleurs, peuvent servir d'ornements à un jardin pittoresque. Accès rubriques principales : Généralités sur le jardin |
Jardinage mois par mois |
Jardin potager |
Jardin fruitier |
Jardin d'agrément |
Jardin d'appartement
Serre : les cultures de serres | Maladie, insectes et nuisibles | Vocabulaire botanique | Composition des jardins |