La nature et la composition du sol

Il ne dépend pas toujours de soi de posséder un terrain qui réunisse toutes les qualités qui le rendent fertile et convenable aux diverses cultures. Il est donc utile de faire connaître les différents caractères qui distinguent les sols, et d’indiquer les moyens capables d’améliorer ceux qui ont besoin de l’être.
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Terre franche. Elle est composée d’argile, de sable, de chaux carbonatée et petite quantité, de débris végétaux et d’humus. Sa couleur est jaune pâle et quand elle est ressuyée, elle est douce au toucher comme de la farine. C’est la terre par excellence de toutes espèces de végétaux. Il est rare de trouver un terrain de cette nature mais c’est d’elle qu’il faut tâcher de se rapprocher autant que possible. Voici les proportions de cette que nous appellerons normale, parce qu’elle est le type de la plus grande fertilité : argile 90, sable siliceux 7,4, carbonate de chaux, 1,6, débris ligneux et humus 1. Total 100.

Terre noire. Lorsque la terre est noire, c’est qu’elle a déjà été cultivée en jardin pendant un certain temps, et qu’elle a été fortement engraissée par des fumiers et du terreau. Elle est ordinairement légère et convient à la culture d’un très grand nombre de plantes. Seulement, sa fertilité doit être entretenue par l’addition fréquente de terreau et de fumier.

Terre forte. Elle est communément de couleur grisâtre, qu’elle doit à l’argile et à la glaise qu’elle contient. Elle est froide, tenace, d’un travail difficile. Les plantes y languissent, et dans les étés pluvieux les arbres et arbustes y ont une teinte jaunâtre. On l’améliore fort avantageusement en y mêlant des plâtras et en la couvrant chaque année de 4 centimètres de terreau de tan qu’on y mélange par le labour. On y ajoute aussi du terreau de couches, et on peut alors y cultiver tout ce qu’on veut.

Terre légère. Elle est essentiellement sablonneuse, chaude, et retient peu les eaux d’arrosement. On l’améliore par l’addition d’une couche d’argile, du terreau de fumier de vache, ou en y incorporant, par des labours, des plaques de gazon levées sur la terre franche. C’est celle qui a plus besoin de paillis.

Terre blanche ou crayeuse. C’est la moins fertile et la plus froide. On l’améliore toutefois par l’addition raisonnée de sable, d’argile, de terreau de tan, de feuilles d’arbres et de fumier pailleux.
Les qualités d’un sol sont singulièrement modifiées par son exposition et la nature du sous-sol sur lequel il repose. Ainsi les terres fortes sont plus avantageusement situées lorsqu’elles gisent sur une couche sablonneuse ou perméable et à une exposition chaude, que lorsque cette couche inférieure est elle-même compacte et refusant l’infiltration des eaux, en même temps que l’exposition est froide. Dans ce dernier cas, leurs défauts sont augmentés. C’est tout le contraire à l’égard des sols calcaires ou siliceux, chez lesquels l’imbibition de l’eau est rapide ; ils sont plus heureusement disposés lorsque, possédant une certaine profondeur, ils gisent sur des couches imperméables qui leur conservent une humidité favorable et jouissent d’une exposition tempérée. S’il en est autrement, ils sont desséchés et brûlants à un point nuisible. Il importe donc de connaître le sous-sol sur lequel gît un jardin, et on y parvient par des tranchées suffisamment profondes, ou à l’aide d’une sonde qu’on enfonce en plusieurs endroits. Cette attention est surtout essentielle pour un terrain neuf, et encore plus lorsqu’on se propose d’y planter des arbres à fruits.

Terre de Bruyère. La terre de bruyère est une mélange à peu près par parties égales d’humus et de sablé, auxquels sont mêlés en petite quantité des détritus végétaux non décomposés. L’humus est une substance noire, onctueuse, douce au toucher, qui résulte de la décomposition des végétaux sous le contact de l’air. Le sable est quartzeux, pulvérulent, rayant le cristal. On trouve la terre de bruyère sur les collines, les rochers, la lisière des bois, partout où croissent les bruyères, les genêts, les fougères. On la lève par plaques de la grandeur d’un fer de bêche et de 8 à 10 centimètres d’épaisseur. La première couche est la meilleure ; au-dessous de 30 centimètres, elle ne vaut plus rien. On distingue trois sortes de terre de bruyère.

La première, qu’on nomme terreauteuse, est noire, douce au toucher, ne laissant point d’humidité dans la main quand on l’y presse. Elle est substantielle, parce qu’elle conteint plus d’humus et moins de détritus végétaux, mais elle s’use promptement, son humus étant dans un état de solubilité très avancé qui le rend facilement aborbable par les fibres radicales des plantes.

La seconde espèce est dite sablonneuse. Elle est d’un gris fauve, plus sèche au toucher et plus chargée de détritus végétaux. C’est elle qu’on emploie, après l’avoir tamisée, pour le semis des graines fines des plantes délicates, et pour la nourriture des plantes faites, en la concassant grossièrement. Sa fertilité est plus durable, parce qu’elle est entretenue par la décomposition lente et successive des détritus végétaux qu’elle contient.

La troisième sorte est nommée tourbeuse. On la lève dans les lieux humides ou marécageux et sur la surface depuis longtemps mise à sec des tourbières. Elle est très noire et la moins estimée des trois, parce qu’elle contient un principe astringent analogue au tannin, et quelques acides ; elle convient cependant très bien à la culture des rhododendrons. On l’améliore en l’exposant à l’air en couches minces, et beaucoup plus vite en y mélangeant une petite quantité de chaux, qui neutralise les acides et détruit le principe astringent.

La terre de bruyère est indispensable à un grand nombre de végétaux d’ornement. La meilleure, dans les deux premières sortes, est celle qui est la plus nouvellement recueillie. Il faut se garder d’acheter celle qui aurait été conservée quelque temps, en tas, à l’air et à la pluie ; on doit la recevoir par plaques couvertes encore sur une surface d’une végétation desséchée.

Terres composées ou compost. Nous avons dit que la terre franche était le type de la fertilité. Elle doit entrer par conséquent dans la composition de tous les mélanges qui se font en culture pour satisfaire aux besoins connus des plantes.

Mêlée à un quart de terreau de couches, elle constitue une bonne terre substantielle pour les plantes vigoureuses cultivées en pots ou en caisses. Si elle a besoin d’être plus poreuse et plus légère, on la compose de moitié terre franche et moitié terreau de couches ou de feuilles ; plus légère encore, on mélange un tiers terre franche, un tiers terreau et couches et un tiers terreau de feuilles. On comprend qu’on maintient la tenacité de la terre, ou qu’on augmente sa légèreté et sa perméabilité en variant ces proportions.

La terre de bruyère naturelle ne s’emploie seul et pure que pour quelques végétaux délicats, qui souffriraient de la présence d’un humus animal dans le mélange. Pour beaucoup d’autres, ce dernier humus n’a aucun inconvénient. On peut donc faire avec la terre de bruyère, la terre franche ou du terreau de feuilles ou de fumier, suivant les cas, des composts à propotions variables, selon la nature des végétaux auquels ils sont destinés. Tous les mélanges ci-dessus doivent être faits un an à l’avance, à l’abri de la pluie, qui dissoudrait leurs principes les plus solubles. On les tient en tas, qu’on remanie plusieurs fois.

On fait une terre de bruyère artificielle, et qui peut être employée avec succès pour les plantes les plus délicates, en prenant le terreau végétal formé dans les bois à la surface du sol par la décomposition des feuilles tombées des arbres, et y ajoutant une suffisante quantité de sable et un 200e d’oxyde de fer ou rouille, ou enfin en mêlant neuf parties de terreau végétal principalement formé de gazons décomposés et convertis en humus par une longue fermentation, à trois parties de sable fin recueilli à la surface du sol. Celui des coteaux est préférable, on peut cependant employer celui de rivière, en le recueillant aux places où l’herbe croît. Avant d’être incorporé dans le mélange, ce sable doit être passé à un crible très fin pour lui donner la ténuité pulvérulente de celui qu’on remarque dans la terre de bruyère naturelle. Il est essentiel que ces composts soient faits longtemps à l’avance, car leur qualité résulte de leur mélange intime. Ils doivent être, jusqu’à leur emploi, tenus à l’abri du soleil et des vents desséchants.




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